Le gouvernement français a décidé d'abandonner l'interdiction des chaudières à gaz, initialement prévue dans le cadre du durcissement de la RE2020. Cette volte-face place les revendeurs SHK et les industriels dans une situation d'incertitude stratégique : les investissements dans la formation pompes à chaleur doivent-ils être maintenus au même rythme ? Quelle place accorder aux chaudières à très haute performance énergétique dans le mix produit ?

Calendrier politique et pression du marché

L'interdiction des chaudières gaz dans le neuf avait été envisagée pour accélérer la transition énergétique et atteindre les objectifs de décarbonation du bâtiment. Mais face aux protestations de la filière, aux tensions sur les coûts de l'énergie et aux difficultés d'approvisionnement électrique, l'exécutif a préféré temporiser. Aucun calendrier de substitution n'est aujourd'hui fixé.

Les distributeurs SHK, qui ont massivement investi dans la montée en compétence pompes à chaleur ces deux dernières années, se retrouvent avec un portefeuille produit hybride. Atlantic, Saunier Duval et De Dietrich continuent de commercialiser des chaudières gaz à condensation de dernière génération, tout en développant leur offre PAC air-eau.

Chaudières à très haute performance : quel avenir réglementaire ?

Les chaudières dites à très haute performance énergétique (THPE), qui affichent des rendements saisonniers supérieurs à 92 %, bénéficient encore d'un cadre réglementaire favorable dans la rénovation. Elles restent éligibles à certains dispositifs de soutien, notamment dans les logements où l'installation d'une pompe à chaleur est techniquement difficile ou économiquement disproportionnée.

Mais l'avenir de cette catégorie reste flou. Les pouvoirs publics n'ont pas précisé si les chaudières THPE conserveront leur statut dans la prochaine révision de MaPrimeRénov', attendue pour 2027. La trajectoire carbone du gaz naturel et les obligations de verdissement du réseau gazier (biométhane, hydrogène) compliquent encore l'équation.

Scénarios possibles sur la table

Plusieurs options sont évoquées par les parties prenantes. Une interdiction progressive par paliers, à partir de 2028 ou 2030, reste envisagée pour les bâtiments neufs. Une autre piste consisterait à imposer un bouquet de solutions hybrides gaz + renouvelable (PAC hybride, chaudière + solaire thermique) pour maintenir l'accès au gaz tout en réduisant les émissions. Enfin, un durcissement des seuils d'efficacité énergétique, au-delà des 92 % actuels, pourrait restreindre de facto le parc de chaudières éligibles.

Conséquences pour les revendeurs et installateurs SHK

Les grossistes et installateurs doivent composer avec un double impératif : continuer à proposer des solutions gaz fiables pour les clients qui en ont besoin, tout en anticipant la montée en puissance des pompes à chaleur. La formation technique devient un enjeu central. L'AFPAC (Association Française pour les Pompes à Chaleur), qui regroupe l'ensemble des acteurs de la filière PAC, organise chaque année des événements de sensibilisation. La 8e Journée de la Pompe à Chaleur, qui s'est tenue le 20 mai 2026 à Paris, a justement réuni institutionnels, industriels et experts pour débattre du rôle stratégique de la PAC dans l'électrification des usages et la souveraineté énergétique.

Les distributeurs doivent également gérer des stocks hétérogènes et des coûts de référencement élevés. Proposer simultanément des chaudières gaz THPE, des PAC air-eau, des systèmes hybrides et des solutions renouvelables multiplie les références et complexifie la logistique. Certains acteurs envisagent de spécialiser leurs agences régionales par technologie, d'autres misent sur la formation polyvalente de leurs équipes.

Quels signaux pour les fabricants ?

Les grands groupes comme Bosch Thermotechnik, Vaillant ou Ariston Group ont déjà engagé la bascule industrielle vers les pompes à chaleur. Mais ils maintiennent des lignes de production chaudières gaz, notamment pour l'export et les marchés de renouvellement. L'abandon de l'interdiction leur offre un répit commercial, mais ne lève pas l'incertitude à moyen terme.

L'absence de visibilité réglementaire freine par ailleurs les investissements R&D dans les technologies de rupture (chaudières hydrogène, PAC haute température). Les industriels attendent un signal clair de Bercy et du ministère de la Transition énergétique pour calibrer leurs plans stratégiques 2027-2030.

Conclusion : une transition en suspens

Le recul du gouvernement sur l'interdiction des chaudières gaz offre une bouffée d'oxygène aux acteurs de la filière, mais prolonge l'incertitude. Les revendeurs SHK doivent continuer à jongler entre plusieurs technologies, en attendant que le cadre réglementaire se stabilise. La prochaine révision de la RE2020 et l'évolution de MaPrimeRénov' seront décisives pour l'avenir du chauffage au gaz en France.

Sources